Un des arguments des personnes opposées à la vaccination contre la grippe est que de toute façon la grippe A H1N1 2009 d’origine porcine est comparable à la grippe saisonnière. Alors s’ils ne se font pas vacciner contre la grippe saisonnière à chaque année pourquoi se feraient-ils vacciner contre la grippe pandémique?
Cet argument est basé sur le fait que l’on compare souvent la mortalité de la grippe porcine à celle de la grippe saisonnière. Les autorités de santé publique n’ont pas toujours aidé à informer le public lorsqu’au début de la pandémie de grippe, elles ont tenté de rassurer la population en disant que le virus de la grippe porcine n’était pas plus virulent que celui de la grippe saisonnière. Maintenant le même argument est repris par ceux qui sont réticents à se faire vacciner.
La comparaison des ces deux grippes nous apprend qu’elles sont différentes et voici pourquoi.
Le virus de la grippe saisonnière subit de légères mutations à chaque année. C’est la raison pour laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit donner son avis 2 fois par année sur la prochaine composition du vaccin contre la grippe saisonnière. Un avis concerne la composition du vaccin contre la grippe pour l’hémisphère sud et l’autre pour l’hémisphère nord. Étant donné que les changements du virus sont mineurs les personnes déjà exposées à un virus semblable au cours des années antérieures gardent une protection partielle pendant plusieurs années. Ce qui fait que tout le monde n’a pas le même risque d’attraper la grippe saisonnière à chaque année.
Le virus de la grippe porcine A H1N1 2009 a subit une mutation plus importante que celles des virus de la grippe saisonnière. Ce changement implique que peu de personnes peuvent se dire naturellement protégées. Selon, certaines études un virus semblable aurait circulé autour des années 1957. Ceci entraîne qu’un certaine proportion des personnes nées avant 1957 auraient une protection partielle contre le nouveau virus de la grippe porcine 2009. Environ 30% des personnes nées avant 1957 pourraient avoir cette protection. Les autres, et celles nées après 1957 n’ont pas de protection naturelle contre le virus de la grippe porcine 2009.
En pratique ceci explique que la vulnérabilité à la grippe porcine A H1N1 2009 est très différente de celle de la grippe saisonnière. Alors que pour la grippe saisonnière un certain pourcentage de personnes de tout âge est partiellement protégé, pour la grippe porcine A H1N1 seules un tiers des personnes âgées le seraient.
Cette réceptivité supérieure des jeunes personnes et des enfants modifie l’épidémiologie de la maladie.
Comme plus de personnes n’ont aucun anticorps contre la grippe porcine A H1N1, le nombre de personnes qui risquent d’être infectées est supérieur. Selon les estimations des experts, environ 3 fois plus de personnes feront la grippe A H1N1 cette année que pendant une saison de grippe saisonnière régulière.
La grippe pandémique évolue par 2 ou 3 vagues successives. Lorsqu’il y aura suffisamment de personnes immunisées, soit naturellement suite à avoir fait la maladie ou encore suite à avoir été vacciné, le virus de la grippe porcine ralentira sa transmission. Les vagues cesseront mais le virus demeurera quand même en circulation dans la population. Les experts prévoient que dans les prochains mois ou années, à peu près tout le monde finira par être en contact avec le virus de la grippe porcine 2009.
Même si la virulence était identique à celle de la grippe saisonnière, il serait logique de s’attendre à avoir environ 3 fois plus de complications et de décès causés par la grippe porcine, simplement par le fait que trois fois plus de personnes seront infectées.
La comparaison des taux de complications et de mortalité secondaires aux virus de la grippe saisonnière est de la grippe porcine 2009 est à toute fin pratique impossible. La grippe saisonnière n’a jamais été surveillée de la façon dont la grippe porcine A H1N1 l’est actuellement. Dans les années passées, plusieurs décès étaient attribués à des surinfections pulmonaires comme des pneumonies sans que personne ne pense à chercher si le virus de la grippe saisonnière pouvait être l’infection primaire à l’origine de la surinfection bactérienne. Selon l’OMS plus de 250 000 à 500 000 personnes pourraient mourir de la grippe saisonnière à chaque année dans le monde.
Est-il possible de banaliser une infection qui tue de 250 000 à 500 000 personnes et qui risque d’en tuer trois fois plus au cours de la prochaine année?
D’autres différences permettent de distinguer les virus de la grippe saisonnière de ceux de la grippe porcine 2009. Au Canada, on a remarqué que l’âge médian des personnes hospitalisées pour la grippe porcine A H1N1 était de 26 ans, soit 45 ans plus jeunes que celles hospitaliées pour une infection par le virus de la grippe saisonnière pendant la saison 2007-2008.
Pour les individus aux soins intensifs suite à une infection par le virus pandémique, leur âge médian est de 45 ans soit 23 ans plus jeune que ceux traités aux soins intensifs pour des complications du virus de la grippe saisonnière pendant la saison 2007-2008.
Les personnes qui ont succombé à une infection causée par le virus de la grippe porcine étaient âgées de 54 ans comparativement à 82 ans pour la grippe saisonnière.
Dans le cas de la mortalité directe, des données récemment publiées dans PLoS suite à des observations en Nouvelle-Calédonie et à l’île Maurice, portent à croire que le taux de mortalité par syndrome de détresse respiratoire aiguë serait d’environ 1 décès par 10 000 personnes infectées. Ce taux serait ainsi 100 fois supérieur à ce qui est observé normalement avec le virus de la grippe saisonnière. Il s’agit d’une autre différence importante entre le virus de la grippe saisonnière et le virus de la grippe pandémique.
En fait la question n’est pas de savoir laquelle des deux grippes est plus dangereuse mais si le risque de complications secondaires au virus de la grippe porcine A H1N1 2009 est supérieur au risque de recevoir le vaccin. Avec les données actuelles, il est clair que le risque de mourir suite à être vacciné est de loin inférieur au risque de mourir de la grippe A H1N1. Bien entendu, les deux risques sont minimes et même la personnes qui refuse de se faire vacciner ne devrait pas s’inquiéter de façon exagérée.
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written by Michel
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